Auguste Rodin, Le Penseur

Sculpture et forme

Le Penseur

Le Penseur commença comme une petite figure au sommet de La Porte de l'Enfer de Rodin, censée être le poète Dante méditant sur les damnés.

Auguste Rodin · 1882

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Source de l'introduction : Wikipédia (FR)

Il pense avec tout son corps : chaque muscle est tendu, comme si la pensée était un travail physique.

Auguste Rodin, Le Penseur
Le Penseur · Musée Rodin, Paris

À la une

Faits et légendes

  • Le Penseur commença comme une petite figure au sommet de La Porte de l'Enfer de Rodin, censée être le poète Dante méditant sur les damnés.
  • Il pense avec tout son corps : chaque muscle est tendu, comme si la pensée était un travail physique.
  • Il existe des dizaines d'exemplaires à travers le monde ; celui de Cleveland fut endommagé par une bombe en 1970 et est encore exposé avec son socle déchiqueté.
  • Rodin est enterré sous un exemplaire du Penseur, dans sa maison de Meudon, près de Paris.
  • La figure d’origine sur La Porte de l’Enfer mesurait environ 70 cm ; en 1904, elle fut agrandie à près de 185 cm, à l’échelle monumentale.
Source : Wikipédia (FR)

Valeur estimée

Ce que cela vaut aujourd'hui

Des exemplaires du Penseur sont conservés dans des musées du monde entier et ne sont pas à vendre ; dans les rares cas où des bronzes de Rodin passent aux enchères, ils ont atteint des dizaines de millions de dollars.

Plus de détails Comment Dante au-dessus de La Porte de l'Enfer devint un penseur universel, pourquoi tout son corps est tendu et pourquoi plusieurs bronzes sont authentiques.

Il n'était pas encore philosophe

La figure naît au-dessus de l'entrée de l'Enfer

Le Penseur semble aujourd'hui l'emblème tout prêt de la philosophie : un homme seul pose le menton sur la main et s'isole du monde. Rodin part pourtant d'une situation précise. En 1880, l'État lui commande une porte pour un futur musée des Arts décoratifs, inspirée de la Divine Comédie. Au-dessus des vantaux de La Porte de l'Enfer, parmi les corps qui tombent et s'agrippent, il place une figure d'environ soixante-dix centimètres appelée Le Poète. C'est Dante penché sur l'enfer qu'il a imaginé.

Cette origine transforme la pose familière. Il ne s'agit pas d'un savant confortablement assis, mais d'un auteur entouré de ses créatures. Sa réflexion est physiquement précaire : comprimé et incliné, il paraît se retenir au-dessus du vide. Rodin s'éloigne progressivement de l'illustration littérale de Dante. La Porte devient un vaste répertoire des passions où le désir, la peur et les corps dominent. Le Poète peut alors quitter cette foule.

Une pensée douloureuse

Chaque muscle participe

Un penseur paisible appuierait son dos et laisserait reposer ses pieds. Rodin fait l'inverse. Le coude droit rejoint le genou gauche et tord le corps. Les doigts se replient sous la mâchoire, les épaules montent, le dos forme un arc lourd et les orteils agrippent le socle. Même l'énorme main droite n'apporte aucun confort. La pensée n'est pas une lumière au-dessus du front : c'est une pression qui traverse l'homme tout entier.

Le Musée Rodin rappelle deux sources : l'Ugolin de Carpeaux, père dantesque enfermé avec ses enfants, et le Laurent de Médicis assis de Michel-Ange. Rodin ne copie pas une pose ; il reprend une contradiction. Un corps monumental reste immobile tout en contenant trop de force. Il évoque à la fois l'athlète, l'ouvrier et le prisonnier. La pensée ne le libère pas du corps, elle rend ce corps plus présent.

L'évasion de la Porte

Une exposition autonome change le nom et le sens

En 1888, la figure est exposée seule. Sans portail ni damnés, le visiteur n'est plus obligé d'identifier Dante. Le Poète devient Le Penseur et un personnage littéraire se transforme en image de l'humanité. Cette séparation correspond à la méthode de Rodin. La Porte lui sert de laboratoire : il en retire des figures, les agrandit et les assemble autrement. Le Baiser et Les Trois Ombres sortent du même chantier.

La Porte elle-même n'occupe jamais de son vivant l'entrée prévue. Le musée n'est pas construit et Rodin revient pendant des décennies sur une maquette toujours changeante. Une des sculptures les plus célèbres naît donc comme détail d'une commande architecturale restée sans fonction. Le Penseur est la figure qui a su sortir de son architecture et accueillir de nouvelles significations.

Sept cents kilos de réflexion

L'agrandissement en fait un monument public

Entre 1902 et 1903, Rodin agrandit la figure presque trois fois. La fonderie Alexis Rudier coule le grand bronze en 1904. Il mesure 189 centimètres et pèse environ 700 kilos. L'échelle modifie sa relation au monde. Le petit Poète appartenait à une scène serrée ; le nu gigantesque exige un espace civique. La grande version est montrée à Londres en 1904 et un exemplaire est installé devant le Panthéon à Paris en 1906.

Placer un nu près d'un bâtiment de mémoire nationale est audacieux. Aucun livre, vêtement ou attribut professionnel ne justifie son autorité : la concentration suffit. Ce bronze rejoint ensuite le jardin du Musée Rodin. Une autre version se trouve à Meudon, sur la tombe de Rodin et de son épouse Rose. Le Dante conçu au-dessus d'un royaume imaginaire des morts s'attache ainsi au lieu réel où repose son créateur.

Pourquoi l'original n'est pas unique

La multiplicité appartient au bronze

On rencontre Le Penseur dans plusieurs villes et l'on demande lequel est le vrai. Le bronze n'obéit pas à la logique d'une toile unique. Rodin modèle l'argile, des moules et des plâtres conservent la forme, puis un fondeur la transpose en métal. Un moule autorisé peut produire plusieurs fontes légitimes ; l'œuvre existe aussi à différentes échelles. La provenance, la date de fonte et l'autorisation comptent davantage que l'idée d'un seul exemplaire authentique.

La célébrité a réduit la figure au bibelot et à la plaisanterie sur celui qui réfléchit trop. Le grand bronze résiste au cliché. Vu de côté, le coude coupe le torse, la colonne rassemble le poids et la main apparemment inactive ferme la composition. Rodin avait besoin d'un corps d'athlète parce qu'il ne sculptait pas le portrait de l'intelligence. Il modelait l'instant où une pensée s'empare d'une personne entière.

Ce qu'il faut regarder

Ce qu'il faut remarquer

  • Lisez l'œuvre comme un volume : la silhouette change à chaque point de vue.
  • Remarquez comment la matière et le traitement de la surface intensifient le geste et le caractère.
  • Comparez le poids apparent du matériau avec le mouvement de la forme.

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