Michelangelo, David

Sculpture et forme

David

Michel-Ange tailla le géant dans un seul bloc de marbre que deux autres sculpteurs avaient déjà abandonné comme abîmé.

Michelangelo · 1500

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Il n'avait que 26 ans, et le David achevé, de 5 mètres, fit de lui le sculpteur le plus célèbre d'Italie presque du jour au lendemain.

Michelangelo, David
David · Galerie de l'Académie, Florence

À la une

Faits et légendes

  • Michel-Ange tailla le géant dans un seul bloc de marbre que deux autres sculpteurs avaient déjà abandonné comme abîmé.
  • Il n'avait que 26 ans, et le David achevé, de 5 mètres, fit de lui le sculpteur le plus célèbre d'Italie presque du jour au lendemain.
  • Contrairement aux David antérieurs, montrés triomphants sur la tête de Goliath, Michel-Ange figea l'instant de tension avant le combat — tout en nerfs et en concentration.
  • En 1991, un homme attaqua la statue au marteau et endommagea un orteil avant d'être arrêté.
  • Les mains et la tête sont délibérément surdimensionnées : la figure devait se dresser en haut de la cathédrale, vue d'en bas.
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Plus de détails Michel-Ange a sculpté un marbre rejeté pour figer l’instant avant le combat, non le triomphe.

Ce qu’on voit

Cinq mètres de muscle qui n’a pas encore relâché son souffle

Les chiffres viennent du musée lui-même : 5,17 mètres de hauteur avec le socle, environ 5 660 kilogrammes de marbre blanc de Carrare veiné de gris et d’ocre pâle. David se tient dans un contrapposto de manuel : tout le poids sur la jambe droite, la gauche relachée et légèrement avancée, le torse dessinant un doux S. Derrière cette jambe droite, un tronc de marbre brut, taillé dans le même bloc : sans lui, la cheville seule n’aurait jamais soutenu une figure de cinq tonnes, et Michel-Ange a résolu le problème exactement comme les sculpteurs grecs deux mille ans plus tôt.

La fronde passe presque inaperçue : une lanière étroite traverse l’épaule gauche, descend le long du dos, et son extrémité chargée de la pierre reste lâche dans la main droite baissée, l’arme même de l’histoire s’efface presque entièrement. Le visage est tourné de trois quarts, les sourcils froncés, les narines dilatées, les tendons du cou tendus. Le plus étrange se joue dans le regard : depuis la gauche, David semble fixer un point au-delà du spectateur, l’œil gauche à demi caché par les cheveux et la fronde ; en contournant la statue vers la droite, un second œil, plus net, prend le relais. Les Florentins jurent depuis des siècles que ce regard aux aguets vise Rome, une légende qu’aucun document ne confirme ni ne dément, et qui alimente encore la conversation au pied de la statue cinq siècles plus tard.

Comment elle a été sculptée

Deux sculpteurs avaient renoncé à ce bloc avant que Michel-Ange dise oui

Le 16 août 1501, l’Opera del Duomo, l’office chargé de la cathédrale de Florence, signe avec Michel-Ange le contrat pour un bloc qui dormait depuis des décennies dans sa cour, déjà refusé deux fois. Agostino di Duccio avait commencé à en dégrossir une figure dans les années 1460 avant d’abandonner ; vers 1476, on l’avait proposé à Antonio Rossellino, qui l’avait refusé net, trop long, trop mince, criblé de fissures et de cavités, « gâté », comme le disaient les Florentins eux-mêmes. En 1501, le bloc restait intact dans la cour de la cathédrale depuis presque quarante ans.

Michel-Ange se met au travail en septembre de cette même année, après avoir fait clore un coin de la cour d’une palissade en bois couverte d’un toit, pour qu’on ne puisse rien voir avant que l’œuvre soit finie, pas même ceux qui l’avaient commandée. Selon la plupart des témoignages, il a travaillé presque seul, ce qui était rare pour une commande de cette taille, qu’un atelier se partageait d’habitude entre plusieurs mains. Le choix n’avait rien d’accidentel : deux ans plus tôt, à vingt-quatre ans, il venait d’achever la Pietà romaine, puis le Bacchus en marbre, et les deux œuvres lui avaient déjà fait une réputation auprès des mêmes commanditaires. Le contrat prévoyait deux ans de travail ; il lui en a fallu près de trois, la statue n’a été terminée qu’en 1504.

D’où viennent les images

Donatello montrait le vainqueur, Michel-Ange montre l’instant d’avant

Florence possédait déjà deux David en bronze au moment de cette commande : celui de Donatello, fondu vers les années 1440 à environ 158 cm pour la cour du palais Médicis, et celui de Verrocchio, dans les années 1470, à environ 125 cm. Dans les deux cas, le garçon a déjà gagné, la tête de Goliath posée à ses pieds, la pose presque détendue. Michel-Ange supprime entièrement la tête coupée et remplace le bronze par un bloc de marbre plus haut qu’aucun sculpteur florentin n’avait osé tailler pour une figure seule. Les dettes remontent plus loin encore : adolescent, il avait étudié la statuaire antique dans le jardin de sculptures que Laurent de Médicis entretenait pour les jeunes artistes, et à Rome, à la fin des années 1490, il avait obtenu l’autorisation de dissequer des cadavres à l’hôpital du couvent de Santo Spirito, une formation anatomique que presque aucun sculpteur de sa génération ne possédait, visible dans chaque veine de la main droite de David.

Choisir l’instant d’avant plutôt que celui d’après n’était pas un choix technique : c’était l’idée même de l’œuvre, un corps qui n’a pas encore relaché sa tension se révèle bien plus convaincant qu’un corps qui l’a déjà fait. Ce même pari sur l’instant suspendu, plutôt que sur le triomphe, resurgit des siècles plus tard : quand Edgar Degas modèle sa Petite danseuse de quatorze ans, presque quatre cents ans après David, il saisit un corps tout aussi tendu, celui d’une adolescente crispée avant l’épreuve plutôt qu’après l’avoir réussie. Et quand Constantin Brâncuși, au XXe siècle, réduit la figure humaine à une seule ligne qui s’élance dans L’Oiseau dans l’espace, il dialogue directement avec la méthode de Michel-Ange : là où le Florentin mesurait chaque veine, le Roumain se débarrasse du corps entier pour n’en garder que le sens.

Le destin de l’œuvre

Une guirlande de pudeur, un bras brisé, puis un déménagement à l’abri

Le 25 janvier 1504, avant même que la statue ait quitté l’atelier, une commission se réunit pour décider de son emplacement : Léonard de Vinci et Sandro Botticelli en font partie, avec Cosimo Rosselli et Piero di Cosimo. Neuf emplacements possibles sont débattus, et l’architecte Giuliano da Sangallo plaide avec insistance pour la Loggia della Signoria, couverte, convaincu que les défauts du marbre ne résisteraient pas longtemps à l’air libre. Son camp perd. Le 8 septembre 1504, David est installé sans aucun abri, juste à l’entrée du Palazzo Vecchio, et presque tout de suite, quelqu’un lui accroche aux hanches une guirlande de vingt-huit feuilles de cuivre, qui reste en place pendant des décennies avant d’être retirée.

En avril 1527, pendant un soulèvement anti-Médicis, des meubles jetés depuis les fenêtres de ce même Palazzo Vecchio pleuvent sur la place ; un banc frappe le bras gauche de David et le brise en trois morceaux. Selon le récit de Vasari, les fragments restent à terre plusieurs jours, le temps que les combats s’apaisent, avant d’être ramassés et refixés avec des rivets de cuivre. La statue reste exposée sur cette place trois siècles et demi de plus, pluie, vent, pigeons, avant d’être transférée en 1873 sous le toit de la Galleria dell’Accademia ; en 1910, une copie en marbre de Luigi Arrighetti prend sa place en extérieur. Même à l’abri, le calme ne dure pas : le 14 septembre 1991, un artiste local nommé Piero Cannata introduit un marteau dans le musée et casse le deuxième orteil du pied gauche de David. Les fragments sont récupérés et recollés le jour même.

Son empreinte dans la culture

Pornographique en 1504, pornographique de nouveau en 2023

Quand le grand-duc de Toscane offre à la reine Victoria un moulage en plâtre de David en 1857, destiné au musée qui deviendra le Victoria and Albert, on fait fabriquer sur mesure une feuille de figuier suspendue à des crochets, qu’on abaissait sur les hanches de la statue chaque fois que la reine ou d’autres femmes de la famille royale venaient la voir ; les autres jours, la statue restait nue. La feuille reste en service jusqu’au début du XXe siècle, et une copie s’en trouve toujours dans les collections du musée, curiosité à part entière.

Une querelle presque identique éclate en Floride en mars 2023 : Hope Carrasquilla, directrice de la Tallahassee Classical School, perd son poste après que plusieurs parents d’élèves de sixième ont qualifié de « pornographique » une image de David montrée pendant un cours d’histoire de l’art. Le motif officiel invoqué est l’absence d’un avis préalable aux familles sur le contenu du cours, mais le débat public porte entièrement sur la nudité dans la sculpture classique. En mai suivant, la mairie de Florence et l’Accademia l’invitent en Italie pour une visite privée de l’original, un geste que la statue elle-même aurait peut-être apprécié, puisque cinq siècles n’ont pas suffi à trancher la question de savoir si ce corps-là a sa place devant des enfants. Pendant ce temps, les copies de David, en marbre, en plâtre, en fibre de verre, jusque dans la neige, se sont répandues à travers le monde, de Las Vegas à un campus de l’université de Pune en Inde, où le jeune Florentin nu se dresse, imperturbable, devant le bâtiment administratif depuis 1975.

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