Source de l'introduction : MoMA
Auteur
Marina Abramović
Mouvement / époque
Performance et le corps radical
Technique
performance
Lieu
Museum of Modern Art (MoMA), New York
La performance occupe l'atrium du MoMA du 14 mars au 31 mai 2010 comme œuvre nouvelle dans la première grande rétrospective américaine de Marina Abramović.
auteur : Andrew Russeth · licence : CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons
À la une
Faits et légendes
- Au cours des 79 jours de l'exposition au MoMA en 2010, environ 1500 personnes s'assirent face à Abramović — et l'on estime que 750 000 personnes visitèrent l'exposition au total, l'une des expositions individuelles les plus fréquentées de l'histoire du MoMA.
- Abramović restait assise jusqu'à sept heures par jour sans pause — sans nourriture, sans eau, sans aller aux toilettes pendant les heures d'ouverture — une prouesse d'endurance physique qu'elle prépara par des mois d'isolement et de jeûne.
- Beaucoup de visiteurs pleuraient. Pas quelques-uns : des dizaines par jour. Le personnel du MoMA plaça discrètement une boîte de mouchoirs près de la table après la première semaine, tant de gens pleurant sans cause apparente.
- Son ex-compagnon Ulay — dont elle s'était séparée en 1988 après avoir parcouru la Grande Muraille de Chine l'un vers l'autre pour se dire adieu — surgit un jour sans prévenir et s'assit sur la chaise. Abramović, qui gardait les yeux fermés jusqu'à ce que chaque visiteur s'assoie, les ouvrit et fondit aussitôt en larmes. C'est filmé.
- Le documentaire sur la performance, réalisé par Matthew Akers et sorti en 2012, fut présenté à Sundance et rapporta plus de 1,5 million de dollars au box-office — chose extraordinairement rare pour un film sur une seule œuvre de performance.
- Abramović avait d'abord proposé que la performance dure trois mois sans table — seulement deux chaises et son regard — mais le MoMA insista pour la table pour des raisons pratiques de gestion de la foule. Elle accepta, puis dit plus tard que la table lui parut une barrière dont elle dut apprendre à oublier la présence.
Plus de détails Trois mois, une chaise et le regard d'un inconnu : une règle simple transforme l'atrium du MoMA en œuvre de centaines d'heures, faite de discipline physique, files nocturnes, Ulay et larmes inattendues.
La règle tient en une phrase
Un visiteur s'assoit en face et l'artiste reste silencieuse
La performance occupe l'atrium du MoMA du 14 mars au 31 mai 2010 comme œuvre nouvelle dans la première grande rétrospective américaine de Marina Abramović. Chaque jour, elle s'installe avant l'ouverture et reste après la fermeture. Un visiteur peut s'asseoir ; parole et contact sont exclus, sans durée fixée.
La radicalité consiste à refuser la distraction. Entre inconnus, un regard dure quelques secondes. Ici, lumière, file et cercle de spectateurs entourent deux personnes immobiles. Le visiteur participe tout en étant observé par l'artiste, la foule et finalement lui-même.
La durée devient matière
Les 736 heures et demie décrivent un travail physique
La biographie officielle dit plus de 700 heures ; la chronologie courante donne 736 heures 30. C'est alors sa plus longue œuvre solo. Rester assise pendant les heures publiques sans pauses ordinaires transforme l'immobilité en effort : dos, jambes, organes, respiration et concentration deviennent matériau.
Abramović explique au MoMA que les rencontres longues modifient la perception du temps. Le relevé officieux de Marco Anelli note un maximum de 420 minutes pour une personne. Ces chiffres éclairent l'œuvre, mais le musée précise que le décompte n'est ni officiel ni entièrement vérifié.
La file devient l'autre moitié
Certains arrivent la nuit, reviennent et forment une communauté
Au début, il s'agit d'une file de musée. À la fin, des participants attendent dès minuit ou après la fermeture et dorment dehors. Abramović juge attente et séance complémentaires : avant de recevoir un moment d'attention, chacun donne déjà des heures de vie.
Le total officieux d'Anelli atteint 1 545 séances, environ vingt et une par jour. Certains reviennent souvent. Amitiés, règles, disputes et groupe de fidèles apparaissent. Une œuvre de face-à-face produit un collectif par la patience plutôt que par un spectacle partagé.
Les larmes ne sont pas une consigne
Abramović se décrit comme un miroir de la vulnérabilité
Beaucoup pleurent. L'artiste ne console pas et ne joue pas au thérapeute ; elle garde le silence. Elle explique que chacun est regardé par elle, la foule et lui-même. L'attention extérieure se retourne peu à peu vers souvenirs et douleur personnels.
Marco Anelli photographie chaque participant, créant une archive parallèle de visages. L'œuvre ne se réduit donc pas à Abramović en robe rouge. Une personne différente la complète à chaque fois : ennuyée, tendue, souriante ou en larmes.
Ulay entre dans une histoire existante
La rencontre devient virale mais prolonge des années de pratique commune
Ulay, ancien partenaire artistique et amoureux, s'assoit à son tour. Pendant douze ans ils ont travaillé symétrie, endurance et regard ; dans Nightsea Crossing, ils restaient face à face des heures. Leur rencontre silencieuse au MoMA provoque les larmes et devient l'extrait le plus diffusé. Mieux vaut parler de retrouvailles fortes sans prétendre, faute de preuve, que toute l'équipe ignorait sa venue.
La rétrospective confie aussi à une quarantaine d'interprètes les anciennes actions d'Abramović et Ulay, première expérience muséale de cette ampleur. Le titre pose alors une question : une action éphémère peut-elle survivre à son auteur, passer dans un autre corps et rester la même œuvre ?
Marina Abramovic


