Source de l'introduction : Wikipédia (FR)
Auteur
Leonardo da Vinci
Mouvement / époque
Haute Renaissance
Technique
huile sur panneau de peuplier
Lieu
Louvre, Paris
La Joconde est plus petite qu’on ne l’imagine — seulement 77 × 53 cm — mais c’est nettement plus grand qu’un A2, plutôt entre A2 et A1.

À la une
Faits et légendes
- En août 1911, un ouvrier italien nommé Vincenzo Peruggia sortit du Louvre avec La Joconde cachée sous son manteau ; le tableau resta introuvable plus de deux ans, jusqu'à ce qu'il tente de le vendre à un marchand florentin et se fasse prendre.
- La Joconde est plus petite qu’on ne l’imagine — seulement 77 × 53 cm — mais c’est nettement plus grand qu’un A2, plutôt entre A2 et A1.
- Sous imagerie infrarouge et multispectrale, les chercheurs ont trouvé au moins trois étapes de composition distinctes sous la surface, dont une version des mains dans une autre position et peut-être une pose antérieure, plus droite.
- Elle n'a ni sourcils ni presque de cils : ce n'est pas un oubli, mais très probablement le résultat d'un nettoyage trop zélé au cours des 500 ans du tableau, car un scan haute résolution réalisé en 2007 par l'ingénieur Pascal Cotte a détecté de faibles traces de pigment là où ils se trouvaient.
- Il n’y eut aucun coup de feu : en 1956, on aspergea d’abord la Joconde d’acide, puis le Bolivien Ugo Ungaza Villegas lui jeta une pierre, endommageant la couche picturale près du coude. Elle fut ensuite protégée par une vitre.
- Le panneau se fend : une fissure horizontale traverse le tiers supérieur de la planche de peuplier, et un restaurateur à plein temps la surveille, car le bois continue de bouger avec les variations d'humidité dans la salle climatisée du Louvre.
Valeur estimée
Ce que cela vaut aujourd'hui
La Joconde ne peut pas s'acheter : elle n'est pas à vendre et est considérée comme inestimable. Elle fut assurée pour 100 millions de dollars en 1962 (un record Guinness) ; ajusté à l'inflation, cela dépasse 1 milliard de dollars aujourd'hui. Le Louvre ne la mettra jamais aux enchères.
Plus de détails Le panneau que Léonard n'a jamais livré : trente glacis, un vol en 1911 et une vitrine blindée.
Ce que montre le panneau
Un balcon, deux colonnes et un pont sur la rivière
Ce n'est pas une toile, c'est du bois. Une planche de peuplier d'un seul tenant, un peu plus d'un centimètre d'épaisseur : le Louvre l'inscrit à 79,4 sur 53,4 cm, dont environ 77 sur 53 portent de la peinture. La femme est assise dans un fauteuil à accoudoir, le buste tourné aux trois quarts, le visage ramené vers nous. La main droite repose sur le poignet gauche. Pas un bijou : ni bague, ni boucle d'oreille, ni collier. Robe sombre, manches jaunes froncées, un galon brodé d'entrelacs le long du décolleté et, sur les cheveux, un voile de gaze si fin que l'œil rate son bord au passage du front.
Ni sourcils ni cils. Vasari, en 1550, les décrivait pourtant en détail ; sur le panneau, ils ont disparu. Usés par des siècles de nettoyages ou jamais achevés ? La question n'est pas tranchée.
Aux deux bords, contre le cadre, affleurent les bases de deux petites colonnes — d'où l'idée, longtemps répétée, que le panneau aurait été rogné. Derrière le parapet, le paysage s'ouvre : une route qui serpente à gauche, un pont à plusieurs arches à droite, des lacs et des montagnes bleues qui se dissolvent dans la brume. L'horizon ne se rejoint pas — il est plus bas à gauche qu'à droite —, si bien que la figure semble glisser légèrement selon le côté par lequel on la regarde. La couleur non plus n'est pas celle qui a été broyée : le vernis assombri a tout tiré vers le brun doré et mangé les verts froids du dessous.
Comment elle a été peinte
Trente glacis pour l'épaisseur d'un demi-cheveu
Aucun contrat n'a survécu. La preuve la plus solide tient dans une note en marge. En octobre 1503, le fonctionnaire florentin Agostino Vespucci compare Léonard à Apelle et signale au passage qu'il travaille à la tête de Lisa del Giocondo. Il l'a écrite dans une édition des lettres de Cicéron de 1477, et le livre a dormi à la bibliothèque de l'université de Heidelberg jusqu'à ce qu'Armin Schlechter tombe sur la ligne en 2005, en cataloguant des incunables pour une exposition. Lisa Gherardini, née en 1479, avait épousé à seize ans le marchand de soie Francesco del Giocondo. On rattache souvent la commande à la naissance de leur fils Andrea, en 1502, ou à l'achat d'une maison : dans les deux cas, ce sont des hypothèses.
En 2010, l'équipe de Philippe Walter a passé les visages de sept tableaux de Léonard à la fluorescence X et publié les chiffres. Jusqu'à trente glacis translucides, d'un à deux microns chacun ; l'ensemble sous les quarante microns, soit la moitié d'un cheveu. À la surface, presque aucune touche ne se lit. Voilà ce que coûte le sfumato : des mois à monter l'ombre pellicule après pellicule.
Léonard n'a jamais livré le tableau. Vasari raconte qu'il y a travaillé quatre ans et l'a laissé inachevé. Parti en France en 1516, il emporte le panneau ; en octobre 1517, Antonio de Beatis, secrétaire du cardinal d'Aragon, le voit à Cloux, près d'Amboise. La planche est d'un seul morceau, sans assemblage. Une fente descend du bord supérieur jusqu'à la naissance des cheveux ; entre le XVIIIe et le XIXe siècle, on l'a bloquée par deux clés papillon en noyer. Le cadre souple en chêne date de 1951, les traverses de 1970.
D'où viennent les images
Ce que Léonard a pris aux Flamands
Son premier portrait, c'est Ginevra de' Benci, peint dans l'atelier de Verrocchio vers 1474-1478. On y trouve déjà le trois-quarts à la place du profil que Florence tenait pour la norme, et le paysage derrière l'épaule. Mais le panneau a été coupé par le bas d'une dizaine de centimètres, et les mains sont parties avec la chute. Trente ans plus tard, Léonard reprend le même schéma et, cette fois, construit tout le tableau autour des mains.
La pose tournée, les mains posées sur un parapet, le lointain qui s'ouvre derrière : cela descend du Nord par les routes bancaires entre Bruges et Florence. Dès 1434, Jan van Eyck avait montré dans le Portrait des époux Arnolfini ce que l'huile permettait et la détrempe non : une lumière qui semble traverser la couche colorée au lieu de s'y poser. Les Italiens ont vu de tels tableaux dans les collections florentines et se sont mis à l'école tout seuls.
L'autre source, ce sont ses carnets. Vers 1490, il a déjà dessiné l'Homme de Vitruve et mesure le corps au cercle et au carré ; plus tard, il dissèque des têtes et dessine les muscles qui tirent la commissure des lèvres. Ce sourire a été peint par quelqu'un qui savait exactement ce qu'il y a sous la peau. Les mêmes carnets énoncent la règle appliquée aux montagnes : la distance mange le contour et bleuit tout.
Le destin de l'œuvre
Cinq siècles de déménagements, de l'acide et une assiette de soupe
Le commanditaire n'a jamais eu son tableau. François Ier l'acquiert en 1518 — le Louvre s'appuie sur une quittance royale de cette année-là — pour une somme que les sources chiffrent à 4 000 écus. Ce fut Fontainebleau, puis Versailles sous Louis XIV, puis le nouveau musée du Louvre en 1793.
Peruggia est arrêté à Florence le 11 décembre 1913, après avoir proposé le panneau à l'antiquaire Alfredo Geri. Le tableau est montré quelques semaines aux Offices, puis rentre à Paris le 4 janvier 1914. Un tribunal italien lui inflige un an et quinze jours ; il en fera environ sept mois.
1956 est une mauvaise année deux fois : de l'acide jeté sur la partie basse pendant une présentation à Montauban, puis, le 30 décembre, la pierre du Bolivien Ugo Ungaza Villegas. En 1962-1963, c'est la traversée de l'Atlantique, avec une estimation de 100 millions de dollars — toujours le record Guinness d'évaluation d'assurance pour une œuvre d'art. La National Gallery de Washington l'expose du 8 janvier au 3 février 1963, le Metropolitan du 7 février au 4 mars : près de deux millions de visiteurs font la queue. En 1974 viennent Tokyo et Moscou ; le 21 avril, à Tokyo, Tomoko Yonezu asperge la vitre de peinture rouge pour protester contre un musée qui refusait l'accès aux personnes handicapées. Amende : 3 000 yens. La peinture n'a pas atteint le bois.
Depuis le 6 avril 2005, elle a son propre mur dans la salle des États, sous vitrine blindée, à 50 % ±10 % d'humidité et entre 18 et 21 degrés, éclairée par une lampe à led depuis 2013. Cette vitre a encaissé ensuite une tasse en céramique (2009), une part de gâteau (2022) et une assiette de soupe (2024). En janvier 2025, le Louvre a annoncé son plan « Nouvelle Renaissance » : en 2031, le tableau ira dans une salle à lui sous la Cour carrée, avec un billet séparé.
Sa trace dans la culture
Une carte postale, une moustache et trente Joconde identiques
En 1919, pour le quatrième centenaire de la mort de Léonard, Marcel Duchamp achète une carte postale bon marché, y ajoute au crayon moustache et barbiche, et la titre de cinq lettres : L.H.O.O.Q. Lues à voix haute, elles forment une phrase grivoise. Un genre entier commence là : le tableau cesse d'être une image et devient de la matière première.
En 1950, Jay Livingston et Ray Evans écrivent « Mona Lisa » pour le film Captain Carey, U.S.A. ; la chanson décroche l'Oscar et l'enregistrement de Nat King Cole reste huit semaines en tête du Billboard. En 1954, Philippe Halsman fabrique un photomontage qui lui greffe les yeux et la moustache de Salvador Dalí, les mains du peintre sortant des manches, pleines de pièces. En 1963, au retour de la tournée américaine, Andy Warhol sérigraphie trente Joconde identiques en noir et blanc sur une même toile : Thirty Are Better Than One.
En 2012, le Prado achève le nettoyage d'une version peinte dans l'atelier de Léonard en même temps que l'original : sous le repeint noirci sont apparues des couleurs vives et, cette fois, des sourcils. C'est ce qui nous rapproche le plus de l'aspect du panneau dans les années 1510. En 2018, Beyoncé et Jay-Z tournent le clip d'« Apeshit » la nuit, dans un Louvre fermé, et se plantent devant elle dès le premier plan ; le musée a ensuite annoncé une fréquentation record. Selon les comptes du Louvre lui-même, environ 80 % des détenteurs de billet passent par la salle des États. Seule La Naissance de Vénus est reproduite à une échelle comparable — mais on n'a jamais volé le Botticelli, et il n'a pas besoin de verre blindé.


L'Homme de Vitruve

