Kitagawa Utamaro, Trois beautés de notre temps

Ukiyo-e

Trois beautés de notre temps

Les trois femmes sont des célébrités réelles d'Edo ; on ne peut les identifier que par les armoiries de leurs kimonos.

Kitagawa Utamaro · v. 1793Collections privées et muséales

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Les visages sont presque identiques : pour Utamaro, l'idéal de beauté importe plus que la ressemblance.

Kitagawa Utamaro, Trois beautés de notre temps
Trois beautés de notre temps · Collections privées et muséales

À la une

Faits et légendes

  • Les trois femmes sont des célébrités réelles d'Edo ; on ne peut les identifier que par les armoiries de leurs kimonos.
  • Les visages sont presque identiques : pour Utamaro, l'idéal de beauté importe plus que la ressemblance.
  • Le fond scintille de poudre de mica — un procédé coûteux des estampes de luxe.
  • Utamaro est le grand maître du « bijin-ga », les estampes de belles femmes.
  • À travers le japonisme, des feuilles comme celle-ci influencèrent Degas, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.
Source: Wikipedia

Valeur estimée

Ce que cela vaut aujourd'hui

Trois beautés est une estampe xylographique d'Utamaro ; les épreuves sont conservées dans des musées et des collections, et les exemplaires rares atteignent des centaines de milliers de dollars aux enchères.

Plus de détails Utamaro réunit sur une feuille trois célébrités réelles d'Edo. La censure efface bientôt leurs noms, mais le public reconnaît encore Ohisa, Okita et Toyohina grâce aux emblèmes, coiffures et infimes différences des visages.

Ce ne sont pas trois idéaux anonymes

Les habitants d'Edo connaissaient leurs noms et les lieux où les rencontrer

En haut au centre se trouve Tomimoto Toyohina, geisha de la maison Tamamuraya à Yoshiwara et interprète reconnue de musique tomimoto-bushi au shamisen. En bas à gauche, Takashima Ohisa est la fille d'un marchand de galettes de riz de Ryogoku ; à droite, Naniwaya Okita est la fille d'un patron de maison de thé près de la porte du Senso-ji à Asakusa. Toutes trois sont célèbres avant l'estampe.

Le choix diffère des images habituelles de courtisanes de haut rang. Ohisa et Okita sont des citadines dont la beauté attire les clients vers des commerces familiaux ; Toyohina possède une réputation professionnelle de musicienne. Utamaro transforme la rumeur urbaine en portrait de célébrités, et le tirage permet d'acheter l'image de femmes aperçues ou connues de réputation.

La composition évoque une triade bouddhique

Une image de mode profane emprunte un schéma solennel réservé au sacré

Toyohina s'élève au-dessus des deux autres et les têtes forment une pyramide. Le Chiba City Museum of Art compare explicitement cette disposition à une triade bouddhique : centre dominant et figures latérales. Utamaro reprend une forme de vénération familière, mais l'applique à des femmes contemporaines de l'économie urbaine des loisirs.

Il s'agit d'une seule feuille nishiki-e, non d'un triptyque. Les corps sont coupés à la poitrine, aucun décor n'apparaît et les figures remplissent le papier. Ces 'grands portraits de tête', okubi-e, étaient surtout associés aux acteurs de kabuki. Pour les femmes, le gros plan fait de la coiffure, du cou, des lèvres et du regard tout le sujet.

Les visages se ressemblent sans être identiques

Utamaro associe idéal à la mode et observation particulière

Toutes ont un long ovale, des sourcils fins, une petite bouche et un cou étiré. C'est le langage de la beauté de l'époque, non l'incapacité de distinguer les modèles. Le Toledo Museum note les variations d'écartement des yeux, de nez, d'oreilles et d'inclinaison, à l'intérieur d'une formule commune.

Ohisa tourne plus doucement et paraît plus jeune ; Okita regarde plus directement, Toyohina semble plus mûre. Sur écran, ces différences se perdent car elles demandent une comparaison lente de la feuille tenue près de soi. Le portrait agit comme trois variations musicales : l'individu naît d'un léger déplacement dans un même rythme.

La censure efface les noms, pas l'identification

Les emblèmes deviennent un code visuel après l'interdiction de 1793

L'éventail d'Okita porte le paulownia, le kimono d'Ohisa trois feuilles de chêne, la manche de Toyohina une primevère. Ces signes identifient les femmes avant le titre. En 1793, le gouvernement interdit d'inscrire sur les estampes le nom de femmes autres que les courtisanes autorisées. Le Chiba City Museum conserve l'histoire d'un second état dont disparaissent 'de notre temps' et les trois noms.

L'interdiction produit un jeu de reconnaissance plutôt que l'anonymat. L'éditeur supprime le texte mais garde les emblèmes, et la célébrité suffit. Les différents états rendent la censure visible : une impression nomme la vedette, une autre la réduit officiellement à une 'beauté', alors que l'acheteur sait toujours qui elle est.

L'image luxueuse résulte d'un travail collectif

Mica, plusieurs bois et stratégie éditoriale transforment le papier en média de mode

Le dessin est publié par Tsutaya Juzaburo, entrepreneur majeur de la culture d'Edo. Utamaro conçoit l'image ; les graveurs reportent lignes et couleurs sur des planches de cerisier ; les imprimeurs les repèrent sur papier humide. Dans les versions luxueuses, la poudre de mica couvre le fond, capte la lumière et détache les visages comme un miroir métallique.

Plusieurs formats et états subsistent. Le Chiba City Museum décrit une version moyenne moins chère sur papier modeste, ainsi qu'un grand format à fond micacé. L'« original » est donc une famille d'épreuves variant selon pigments, papier et état. Le tirage fait de ces femmes des icônes : la beauté circule comme circulent aujourd'hui une couverture ou une image sociale.

Ce qu'il faut regarder

Ce qu'il faut remarquer

  • Comparez les trois visages — les différences sont à peine perceptibles.
  • Trouvez les armoiries sur les kimonos — c'est ainsi qu'on distinguait les femmes.
  • Remarquez le fond de mica scintillant.

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