Source de l'introduction : Wikipédia (FR)
Auteur
Raphael
Mouvement / époque
Renaissance
Technique
fresque
Lieu
Palais apostolique, Cité du Vatican
Le visage de Platon est un portrait de Léonard de Vinci, que Raphaël glissa en hommage ; on peut le vérifier en comparant la ressemblance avec les dessins d'autoportrait de Léonard de la même décennie.

À la une
Faits et légendes
- Raphaël peignit cette immense fresque — environ 7,7 sur 5,5 mètres — alors qu'il n'avait que 26 ans, et il n'avait jamais rien entrepris d'aussi ambitieux auparavant.
- Le visage de Platon est un portrait de Léonard de Vinci, que Raphaël glissa en hommage ; on peut le vérifier en comparant la ressemblance avec les dessins d'autoportrait de Léonard de la même décennie.
- La figure pensive assise sur les marches au premier plan — le menton sur le poing, seule dans la foule — est Héraclite, et les historiens de l'art s'accordent largement à y voir un portrait de Michel-Ange, ajouté après que Raphaël eut jeté un coup d'œil secret au plafond de la chapelle Sixtine encore sous échafaudage.
- La fresque se trouvait juste en face de la salle où Jules II gardait sa bibliothèque personnelle, si bien que la scène philosophique fut conçue pour se lire comme un dialogue avec la théologie du mur d'en face — Raphaël pensa l'ensemble comme un argument unifié à travers quatre pièces.
- Raphaël s'incluit lui-même dans la foule : c'est le jeune homme à l'extrême droite qui regarde directement le spectateur — la seule figure qui brise le quatrième mur.
- Contrairement aux peintures sur panneau, une fresque impose de travailler l'enduit humide section par section ; Raphaël réalisa toute la composition à partir de cartons (grands dessins préparatoires), dont plusieurs sont conservés à l'Ambrosienne de Milan.
Plus de détails Cinquante visages de la Renaissance déguisés en philosophes antiques, réunis dans une salle inventée de toutes pièces.
Ce qu'on voit
Cinquante sages sous une voûte qui n'a jamais existé
La fresque couvre un mur entier : 500 × 770 cm, à peu près la taille d'un petit écran de cinéma. On est dans la bibliothèque de Jules II, la Stanza della Segnatura, et Raphaël l'a remplie d'une salle voûtée qui n'a jamais existé pour de vrai : la perspective s'enfonce sous des arcs à caissons si imposants qu'ils évoquent les thermes romains, ou peut-être les plans de Bramante pour la nouvelle basilique Saint-Pierre, que Bramante dessinait justement à cette époque dans le même palais. Le point de fuite tombe exactement entre Platon et Aristote : la perspective albertienne fonctionne si bien que le mur se lit comme une fenêtre, et l'on se sent au seuil même de cette salle.
Une cinquantaine de personnages peuplent la scène (les décomptes varient entre cinquante et cinquante-huit selon les sources), et chacun y joue un rôle précis. Allongé seul sur les marches, indifférent à tous, se trouve Diogène. À gauche, Pythagore écrit dans un livre tandis qu'un enfant tient une tablette couverte de proportions musicales. À droite, un homme penché sur une ardoise avec un compas, c'est Euclide — Raphaël lui a prêté le visage de Bramante. Plus loin, deux hommes tiennent chacun un globe : l'un céleste, tenu par Zoroastre, l'autre terrestre, tenu par Ptolémée, qui nous tourne le dos. Dans les niches du haut, les statues d'Apollon et de sa lyre et de Minerve observent l'assemblée depuis une hauteur qu'aucun philosophe n'atteint. Tout au bas des marches, à l'écart des autres, est assis un jeune homme en blanc, seul de toute la foule à regarder ailleurs plutôt que ses voisins — les historiens débattent encore de son identité : le neveu du pape, Francesco Maria della Rovere, ou, selon une lecture plus audacieuse, la mathématicienne alexandrine Hypatie, la seule femme que l'on ait jamais identifiée parmi les philosophes. La lumière vient de la gauche, exactement là où se trouve la véritable fenêtre de la pièce.
Comment elle est née
Une lettre de pays qui a ouvert les portes du Vatican
Raphaël avait vingt-cinq ans en 1508 quand lui parvint une lettre d'un compatriote d'Urbino, l'architecte Donato Bramante : le pape Jules II cherchait des peintres pour refaire ses appartements privés. D'autres artistes — Pérugin, Signorelli, le Sodoma, Lorenzo Lotto — avaient déjà commencé à décorer les murs de la Stanza della Segnatura. Le pape aima tellement ce que le nouveau venu fit sur son premier mur qu'il fit effacer le travail précédent et lui confia la salle entière, en ne gardant que les compartiments du plafond peints par le Sodoma. Raphaël finit par peindre les quatre murs de cette salle, un par grand domaine du savoir — théologie, poésie, droit — et L'École d'Athènes, sur le mur consacré à la philosophie, a fini par éclipser les trois autres.
Raphaël travaillait en fresque véritable, buon fresco, directement sur l'enduit humide, par sections : ce qu'il ne finissait pas avant que l'enduit ne sèche attendait le lendemain. Avant de toucher au mur, il avait préparé un carton de 285 × 804 cm — le plus grand dessin préparatoire de la Renaissance qui nous soit parvenu, au fusain et à la céruse, sur 210 feuilles de papier collées ensemble. Il est aujourd'hui conservé à la Pinacothèque ambrosienne de Milan. Curieusement, ce carton ne montre ni voûte ni arcs : seulement une esquisse à peine visible des lignes de fondation de l'architecture, que les chercheurs n'ont repérée qu'en 1972. Tout indique que Raphaël a fixé la forme finale de la salle une fois monté sur l'échafaudage, et non sur le papier. Le carton ne comporte pas non plus l'autoportrait de Raphaël lui-même, ni la figure de droite parfois identifiée à Protogène : les deux ont été ajoutées directement sur l'enduit, plus tard, comme Héraclite.
Ses racines
Une habitude florentine transplantée à Rome
Glisser des visages contemporains dans une scène antique n'était pas une invention de Raphaël. Il avait passé plusieurs années entre Florence et l'Ombrie, où il avait vu Ghirlandaio et d'autres insérer des portraits de Florentins bien réels dans des fresques religieuses. À Rome, il poussa le procédé plus loin que quiconque : sa galerie de philosophes tient, au fond, d'une photo de groupe de son propre cercle, avec le visage de Bramante prêté à Euclide. Florence transparaît aussi ailleurs : l'inclinaison de la tête de Platon et la douceur de ses traits rappellent les portraits féminins que Léonard peignait à la même époque ; Raphaël avait vu la Joconde dans l'atelier de Léonard avant même de partir pour Rome.
L'autre racine, c'est le néoplatonisme, cette philosophie qui obsédait la Florence des Médicis depuis des décennies. Les mêmes idées sur une beauté idéale et immatérielle animaient déjà Botticelli lorsqu'il peignit la Naissance de Vénus : d'un côté le mythe, de l'autre le traité philosophique, mais la même source en dessous. L'architecture, en revanche, Raphaël l'a empruntée directement à Bramante : ces voûtes en berceau et ces caissons reprennent presque mot pour mot les plans de Bramante pour la nouvelle basilique Saint-Pierre, qui en 1509 n'existaient encore que sur le papier et dans les conversations — le chantier venait à peine de commencer. L'École d'Athènes ne peint donc pas seulement les philosophes du passé : elle peint aussi une architecture à venir qu'un seul homme, à Rome, avait alors vraiment vue.
Le point de fuite unique venait lui-même du Quattrocento, mis au point par Masaccio et Piero della Francesca, tous deux étudiés par Raphaël avant même son arrivée à Rome. Mais ici, aux côtés de l'architecte bien réel du nouveau Vatican, le procédé cessa d'être un exercice d'école pour devenir l'illusion convaincante d'un espace véritable. À la même époque, la cour pontificale réunissait justement une collection de statues antiques authentiques pour la nouvelle cour du Belvédère, à laquelle Raphaël avait accès — il a peint les dieux des niches en ayant vu du vrai marbre, et pas seulement des gravures ou des copies.
Son destin
Une fresque qui n'a jamais voyagé, contrairement à son carton
D'un côté, l'histoire de la fresque est simple : elle n'a jamais quitté le mur pour lequel elle fut peinte — les fresques ne voyagent pas. La salle, elle, a changé de nom et de fonction : la bibliothèque privée de Jules II a fini par s'appeler Stanza della Segnatura, du nom du tribunal « Segnatura Gratiae et Iustitiae » qui s'y réunissait plus tard, avant d'intégrer les musées du Vatican ouverts au public. Nettoyer la suie et les vernis anciens de la peinture elle-même a pris des siècles à venir : le restaurateur en chef Gianluigi Colalucci a d'abord consacré les années 1980 à 1994 au plafond de la chapelle Sixtine, et ce n'est qu'après que son équipe s'est attaquée aux Chambres de Raphaël. Elle est arrivée à L'École d'Athènes vers 1996, et sous la crasse sont apparus des rouges, des bleus et des ocres bien plus vifs que ceux que les visiteurs regardaient depuis des décennies.
Le carton préparatoire, lui, a connu un parcours bien plus mouvementé. Il a fini dans la collection du cardinal Federico Borromeo, a séjourné en dépôt à la Pinacothèque ambrosienne de Milan à partir de 1610, avant d'y être formellement acheté en 1626 à la veuve de Fabio Borromeo Visconti pour 600 lires impériales. Il n'en est plus jamais reparti — c'est la plus grande pièce du musée — et a connu, entre 2015 et 2019, sa propre restauration de quatre ans, nettoyé avec des instruments chirurgicaux de micro-aspiration pour retirer cinq siècles de colle et de poussière accumulées sur le papier.
Impossible de la manquer aujourd'hui : le parcours à sens unique des musées du Vatican fait passer les visiteurs par la Stanza della Segnatura en chemin vers la chapelle Sixtine, et les musées accueillent désormais six à sept millions de personnes par an — presque toutes s'arrêtent un instant devant L'École d'Athènes, même celles qui se hâtent vers le plafond de Michel-Ange.
Dans la culture
Des touristes du Grand Tour à la pochette de Guns N' Roses
On s'est mis à citer la fresque presque immédiatement — mais pas en peinture. En 1751, Joshua Reynolds, alors lui-même en tournée en Italie, dessina une caricature intitulée Parodie de l'École d'Athènes de Raphaël, remplaçant les philosophes par un groupe de touristes anglais et irlandais du Grand Tour, dans les mêmes poses. Elle est aujourd'hui conservée à la National Gallery of Ireland — preuve qu'en deux siècles et demi à peine, la composition servait déjà de blague collective.
Les copies se sont multipliées partout. En 1689, la manufacture des Gobelins, en France, tissa la scène en une tapisserie toujours accrochée dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, au Palais Bourbon. En 1755, le peintre allemand Anton Raphael Mengs réalisa une toile d'environ quatre mètres sur huit, aujourd'hui au Victoria and Albert Museum de Londres. En 1902, l'université de Virginie commanda une copie à l'échelle réelle pour la rotonde de sa bibliothèque — volontairement réduite de quelques centimètres par rapport à l'original, car reproduire une fresque du Vatican à l'échelle exacte ne se faisait pas impunément.
Puis, en 1991, deux figures découpées dans la fresque — un homme affalé contre une colonne et un jeune homme écrivant dans un livre — se sont retrouvées sur les pochettes de Use Your Illusion I et Use Your Illusion II, de Guns N' Roses, retravaillées par l'artiste américain Mark Kostabi. Selon Alan Niven, alors manager du groupe, Axl Rose aurait payé 75 000 dollars à Kostabi pour les droits de l'image, sans savoir, semble-t-il, que l'original de Raphaël était tombé dans le domaine public depuis des siècles.
En 2020, pour le cinquième centenaire de la mort de Raphaël, les Scuderie del Quirinale, à Rome, ont ouvert la plus grande exposition jamais consacrée à son œuvre, Raffaello, 1520–1483. Fermée trois jours plus tard à cause de la pandémie, elle n'a rouvert qu'en juin, après que le Louvre, le Prado et la National Gallery de Londres ont accepté de prolonger leurs prêts de plusieurs mois. La fresque du Vatican, elle, n'a bien sûr jamais quitté son mur — mais sa réputation a suffi à porter l'exposition, même sans son œuvre la plus célèbre dans la salle.




