Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans

Réalisme

Un enterrement à Ornans

Courbet prit pour modèles des personnes réelles d'Ornans, dont son propre père, ses sœurs et le fossoyeur du village, et en paya certains en les laissant boire du vin dans son atelier pendant les séances.

Gustave Courbet · 1846

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Source de l'introduction : Wikipédia (FR)

Au premier plan, presque aux pieds du spectateur, une fosse peu profonde a été creusée : un crâne et des os sont posés sur son rebord, et un fossoyeur reste agenouillé à côté, comme en attente d'un signal.

Gustave Courbet, Un enterrement à Ornans
Un enterrement à Ornans · Musée d'Orsay, Paris

À la une

Faits et légendes

  • La toile est immense — 314 × 663 cm —, ce qui était tout à fait inacceptable pour le jury du Salon de Paris de 1850, car cette échelle était réservée à la peinture d'histoire, non à des tableaux de paysans de province enterrant un moins-que-rien.
  • Courbet prit pour modèles des personnes réelles d'Ornans, dont son propre père, ses sœurs et le fossoyeur du village, et en paya certains en les laissant boire du vin dans son atelier pendant les séances.
  • Lorsque le tableau fut exposé au Salon de 1851, les critiques le qualifièrent de « glorification de la vulgarité » — les endeuillés paraissaient trop réels, trop laids, trop indifférents, et le chien qui s'égare dans la scène d'enterrement scandalisa presque autant que le reste.
  • Courbet plaça à dessein un crâne et des ossements croisés au bord de la fosse — une référence directe à la scène du cimetière de Hamlet —, mais, contrairement au prince de Shakespeare, personne dans cette foule ne semble éprouver quoi que ce soit face à la mort.
  • Le tableau passa des décennies ballotté entre réserves et galeries secondaires avant que le Louvre ne l'acquière enfin en 1881 ; il fut transféré au musée d'Orsay à son ouverture en 1986.
  • Émile Zola qualifia cette toile de premier tableau véritablement moderne de l'art français — le moment où une scène de genre cessa de vouloir être une peinture d'histoire et dit simplement la vérité sur la vie ordinaire à pleine échelle.
Source : Wikipédia (FR)
Plus de détails Une toile de six mètres qui a transformé un enterrement de village en scandale du Salon de 1850.

Ce qu'on voit sur la toile

Une fosse, une foule et les falaises d'Ornans

Au premier plan, presque aux pieds du spectateur, une fosse peu profonde a été creusée : un crâne et des os sont posés sur son rebord, et un fossoyeur reste agenouillé à côté, comme en attente d'un signal. Courbet a renoncé à la pyramide classique avec un héros au centre : ses personnages se tiennent presque sur une seule ligne, épaule contre épaule, les têtes à peu près à la même hauteur. À gauche, le cortège religieux : le curé, le porte-croix, les enfants de chœur en surplis, les bedeaux avec leurs cierges. Quatre hommes portent le cercueil sous un drap blanc orné d'une tête de mort, et l'un des porteurs est Alphonse Promayet, violoniste et ami d'enfance de Courbet, lui aussi né à Ornans.

Près de la fosse se tiennent deux vieillards en habits rouges d'un autre temps — Secrétan et Cardet, amis du grand-père du peintre, qui se plaisaient à se présenter comme des « vétérans de 93 », c'est-à-dire de la Révolution française. À côté d'eux, un grand chien blanc semble s'être simplement égaré dans le cadre, indifférent à la solennité du moment. Derrière viennent les femmes en noir — la mère de Courbet elle-même et ses sœurs Zoé, Zélie et Juliette — et plus loin, à demi perdu parmi les hauts-de-forme, son grand-père Oudot. Au-dessus de tout cela, un crucifix se découpe sur un ciel gris. Le fond n'est pas un cimetière imaginaire : ce sont les vraies falaises calcaires qui entourent Ornans, reconnaissables sur des dizaines d'autres toiles de Courbet — un lieu réel, pas un décor.

Comment elle a pris forme

Un grenier en guise d'atelier

L'enterrement à l'origine du tableau a eu lieu à Ornans en septembre 1848. Courbet ne s'est pas précipité pour peindre une petite pièce commémorative : il est revenu sur le sujet un an plus tard et a décidé de donner à un enterrement de province l'échelle d'une peinture d'histoire. Il s'attaque à l'immense toile à la fin de l'été 1849 et y consacre l'essentiel de l'année 1850.

Il n'avait pas d'atelier à proprement parler : il a peint dans le grenier de la maison familiale, à Ornans, sous un plafond en pente. Reculer suffisamment pour voir une toile de plus de six mètres y était physiquement impossible, si bien qu'il devait rouler les parties déjà peintes juste pour voir ce qu'il avait fait sur la suivante — travaillant, de longs moments, presque à l'aveugle sur l'ensemble. Il n'a engagé aucun modèle professionnel : il faisait monter ses propres voisins, un par un — le maire, le curé, le fossoyeur, sa mère, ses sœurs — peignait chacun séparément, puis les assemblait dans la foule finale.

La toile a d'abord été préparée avec une épaisse couche de blanc de plomb teintée de terre brûlée, travaillée ensuite au pinceau comme au couteau. La palette reste volontairement resserrée : le noir et le blanc dominent, avec quelques éclats de vermillon, de vert olive et de bleu. Il termine à temps pour la présenter au Salon de Paris de 1850-1851, cette année-là reporté.

D'où viennent les images

Des miliciens hollandais sur la roche jurassienne

Avant « l'Enterrement », Courbet avait surtout peint des autoportraits d'inspiration romantique : l'artiste songeur à la pipe, l'artiste au chien noir. Le tournant s'est joué au Louvre, devant les portraits de groupe hollandais du XVIIe siècle — ces tableaux de « compagnies » de la garde civique comme La Maigre Compagnie ou la Compagnie du capitaine Allaert Cloeck : des rangées de visages également détaillés, sans hiérarchie ni protagoniste. Courbet a transplanté cette composition plate, presque démocratique, directement dans la campagne française.

Une seconde source, bien moins respectable, vient de l'imagerie populaire vendue dans les foires — des gravures comme le Souvenir mortuaire ou les Degrés des âges, avec leur croix, leur fosse et leurs pleureurs disposés en demi-cercle : exactement le genre d'iconographie funéraire populaire qu'un peintre académique n'aurait jamais osé reprendre. Courbet fait ce qu'Édouard Manet poussera plus loin une décennie plus tard : prendre un format conçu pour les rois, les saints et les généraux, et le remplir de gens ordinaires du voisinage. Le même choc se retrouve dans le Déjeuner sur l'herbe de Manet et dans son Bar aux Folies-Bergère : les deux peintres misaient sur le même frottement entre un format grandiose et un contenu tout sauf héroïque.

Le destin de l'œuvre

Du grenier familial au musée sous verre

Après l'affaire de la colonne Vendôme et la Commune de Paris, Courbet s'exile en Suisse en 1873 et y meurt, à La Tour-de-Peilz, le 31 décembre 1877. En 1881, sa sœur Juliette fait don d'« Un enterrement à Ornans » à l'État français, et la toile est accrochée au Louvre dès 1882.

Elle y reste plus d'un siècle, jusqu'à l'ouverture du musée d'Orsay en 1986, qui hérite de l'ensemble de la peinture française du XIXe siècle — la toile y est exposée depuis.

Depuis 2025, le tableau fait l'objet d'une restauration publique peu commune, à l'intérieur même du musée : une équipe de sept restaurateurs dirigée par Cinzia Pasquali travaille derrière une paroi de verre, sous les yeux des visiteurs, avec une fin de chantier prévue pour 2026 — l'intervention la plus lourde depuis l'entrée de la toile dans les collections de l'État en 1881. Une radiographie réalisée en 2020 a révélé que plusieurs centimètres de toile avaient été repliés et dissimulés sur les bords, apparemment depuis 1881, ce qui laisse penser que la fosse du premier plan était peut-être, à l'origine, encore plus profonde et plus visible qu'aujourd'hui. Sur la droite de la composition, les restaurateurs ont par ailleurs repéré des visages « fantômes » : des figures que Courbet avait peintes puis recouvertes lui-même, et qui refont surface aujourd'hui parce que l'ancien repeint est devenu semi-transparent avec le temps.

Sa trace dans la culture

Un enterrement devenu leçon de manuel

« Un enterrement à Ornans » est la toile par laquelle l'histoire de l'art française ouvre en général son chapitre sur le réalisme : le moment où l'échelle de la peinture d'histoire est passée à la vie provinciale ordinaire. Le scandale du Salon, où l'œuvre fut qualifiée de « culte du laid », est aujourd'hui enseigné comme un épisode à part entière, au même titre que les scandales que Manet provoquera plus tard.

La manière directe et sans fard de Courbet a nourri directement Manet, puis, par lui, les impressionnistes, qui héritent de cette même volonté de traiter la vie quotidienne contemporaine comme un sujet digne d'une peinture sérieuse. Plus tard, des muralistes du XXe siècle travaillant à l'échelle monumentale pour des fins politiques — Diego Rivera parmi eux — ont été lus à la lumière du même précédent : une toile immense, des gens ordinaires, sans besoin de dieux.

Aujourd'hui, le tableau connaît un second acte inattendu : les visiteurs d'Orsay font la queue pour regarder les restaurateurs travailler à travers la vitre — une forme rare de théâtre muséal qui, à sa manière, rejoue exactement ce que Courbet avait fait en 1850 : transformer un événement local ordinaire en spectacle que tout le monde s'arrête pour regarder.

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