Auteur
Georgia O'Keeffe
Mouvement / époque
Modernisme américain
Technique
huile sur toile
Où la voir
Crystal Bridges Museum, Arkansas
O'Keeffe disait qu'elle agrandissait les fleurs pour que même un New-Yorkais pressé s'arrête pour regarder.

À la une
Faits et légendes
- En 2014, elle fut vendue 44,4 millions de dollars — alors un record pour une œuvre d'une artiste femme.
- O'Keeffe disait qu'elle agrandissait les fleurs pour que même un New-Yorkais pressé s'arrête pour regarder.
- Le datura est vénéneux et ouvre ses fleurs en trompette vers le soir ; O’Keeffe le cultivait près de sa maison.
- On l'appelle la « mère du modernisme américain ».
- O'Keeffe était agacée par les lectures sexualisées de ses fleurs, insistant sur le fait qu'elle peignait simplement une fleur.
Valeur estimée
Ce que cela vaut aujourd'hui
Datura d'O'Keeffe fut vendue 44,4 millions de dollars en 2014 — un record pour une œuvre d'une artiste femme ; elle est aujourd'hui accrochée au Crystal Bridges et n'est pas à vendre.
Plus de détails Comment une fleur vénéneuse qui s'ouvre la nuit prend une échelle humaine, pourquoi O'Keeffe refuse les lectures érotiques et comment une vente de 44,4 millions transforme un musée.
Ce n'est pas une fleur innocente
Le datura est beau, nocturne et toxique
Le datura s'ouvre le soir et contient de puissants alcaloïdes. O'Keeffe le cultive près de sa maison du Nouveau-Mexique et revient souvent à ses corolles en trompette.
La tension compte : des courbes blanches et douces appartiennent à une plante capable de provoquer un grave empoisonnement.
Le datura poussait près de la maison d’O’Keeffe au Nouveau-Mexique presque comme une herbe spontanée, mais elle le traitait en voisin familier. Ses trompettes pâles s'ouvrent vers le soir et attirent des pollinisateurs nocturnes. En supprimant tige, sol et jardin, l'artiste isole un bref moment de floraison et en fait un événement monumental.
Une petite fleur devient presque corporelle
Le cadrage oblige à regarder lentement
O'Keeffe coupe les pétales par le bord et agrandit la fleur jusqu'à près d'un mètre. Crystal Bridges compare sa surface à 325 balles de tennis.
Elle disait que les gens pressés ne voient jamais vraiment une petite fleur ; l'agrandissement change un regard fugitif en espace physique.
La toile mesure 48 sur 40 pouces, soit environ 121,9 sur 101,6 centimètres ; Crystal Bridges donne aussi des dimensions encadrées plus grandes, d'où des chiffres variables. Les pétales sortent des bords et refusent la vue complète. L'agrandissement supprime la distance ordinaire et place le regard dans les plis blancs.
La critique impose une autre anatomie
O'Keeffe refuse de réduire ses fleurs à des symboles sexuels
Ses fleurs sont constamment lues comme une anatomie féminine, lecture renforcée par son image publique et les photographies d'Alfred Stieglitz. Elle juge cette explication réductrice.
L'ambiguïté peut rester ouverte : formes corporelles, lumière, symétrie, couleur et frontière entre figuration et abstraction coexistent.
Les lectures sexuelles apparaissent tôt, bien qu’O’Keeffe refuse d'en faire la seule clé. Ses fleurs rapprochées viennent aussi du cadrage photographique, de l'abstraction et du désir d'arrêter le passant pressé. L'association corporelle reste possible mais incomplète : frontière du blanc et du bleu, spirale de la corolle et passage de l'objet au rythme presque abstrait comptent autant.
Même la date demande une enquête
Le revers indique 1931, le catalogue retient 1932
La correspondance avec Stieglitz, une photographie d'accrochage et l'exposition de 1933 soutiennent la date tardive.
La datation naît de plusieurs traces plutôt que d'une seule inscription : petite énigme d'archives dans une œuvre célèbre.
Le catalogue raisonné donne le numéro 815. Le musée O’Keeffe date l'oeuvre de 1932 grâce à la correspondance, une photographie d'accrochage de Stieglitz et l'exposition de 1933 sous le titre White Flower No. 1, malgré une inscription 1931 au revers. L'écart montre le travail d'enquête fondé sur marques, lettres, photos et catalogues.
Le prix de 2014 fait le tour du monde
44,4 millions triplent l'ancien record féminin
Estimée 10–15 millions, la toile est achetée 44,4 millions par Alice Walton pour Crystal Bridges. La vente finance le fonds d'acquisition du Georgia O'Keeffe Museum.
Elle garde le record jusqu'à Frida Kahlo en 2025. Une enchère transforme à la fois la visibilité marchande et les moyens d'un musée public.
La vente du 20 novembre 2014 triple l'ancien sommet pour une oeuvre de femme et crée un fonds d'acquisition au musée O’Keeffe. En novembre 2025, Le Rêve (Le Lit) de Frida Kahlo atteint 54,7 millions de dollars et le dépasse. Il faut donc écrire « record de l'époque ». La toile reste accessible à Crystal Bridges et sa vente finance encore des acquisitions.
Le titre garde lui aussi la trace d’un changement de regard. Stieglitz exposa l’œuvre sous le nom White Flower No. 1, tandis que le musée lui associe aujourd’hui le nom botanique Jimson Weed. Le premier insiste sur la couleur et la série ; le second restitue une plante précise, nocturne et toxique. Ensemble, ils montrent comment O’Keeffe maintient l’image entre observation rapprochée et quasi-abstraction. Le titre en modifie aussi le ton.


