Auteur
Hans Holbein le Jeune
Mouvement / époque
Renaissance
Technique
peinture
Lieu
National Gallery, Londres
Jean de Dinteville, ambassadeur français de vingt-neuf ans, pose avec Georges de Selve, évêque et ami de vingt-cinq ans.

À la une
Faits et légendes
- Ce qu'il y a de plus célèbre dans ce tableau, ce ne sont pas les deux hommes, mais cette tache diagonale floue au bas de la toile, qui se révèle être un crâne humain en perspective anamorphique extrême, lisible seulement quand on se place à l'extrême droite du tableau et qu'on regarde le long de sa surface.
- Le tableau fut commandé en 1533 par Jean de Dinteville, ambassadeur de France en Angleterre, comme un projet de vanité personnelle ; il y dépensa une fortune et l'envoya dans son château de Polisy, en France, où il resta presque oublié pendant des siècles.
- Les deux hommes sont entourés d'objets qui encodent une date précise : les instruments astronomiques réglés au 11 avril 1533, le luth à la corde brisée (symbole connu de discorde) et le livre de cantiques ouvert sur un choral luthérien — une déclaration politique acérée pendant la rupture d'Henri VIII avec Rome.
- Le tableau fut mis aux enchères en 1787, quand un descendant de Dinteville liquida le domaine familial ; il passa par plusieurs collections privées avant que la National Gallery ne l'achète en 1890 pour seulement 750 livres, soit environ 100 000 aujourd'hui — ce qui, pour un tableau de cette taille et de cette qualité, était une aubaine même à l'époque.
- L'analyse aux rayons X révéla que Holbein fit d'importants changements en cours d'exécution, dont des ajustements au visage de De Dinteville — ce qui suggère que l'ambassadeur posa en plusieurs séances et que Holbein ne fut pas satisfait de la première tentative de ressemblance.
- L'homme de droite, Georges de Selve, évêque de Lavaur, est montré en visite secrète à Londres : sa présence à la cour d'Angleterre était politiquement délicate, car il agissait en même temps comme médiateur entre le pape et diverses factions protestantes.
Plus de détails Comment Holbein transforma deux jeunes diplomates en encyclopédie du pouvoir, du savoir, de la fracture religieuse et de la mort, avec un crâne visible de côté.
Deux amis à Londres
Le portrait fixe une visite diplomatique de 1533
Jean de Dinteville, ambassadeur français de vingt-neuf ans, pose avec Georges de Selve, évêque et ami de vingt-cinq ans. Leurs âges figurent sur le poignard et le livre ; des lettres confirment la visite.
Henri VIII prépare alors la rupture avec Rome. L'assurance monumentale enveloppe une profonde incertitude politique.
Des rayons d'intelligence
Instruments et livres complètent les visages
En haut, on mesure le ciel ; en bas figurent globe terrestre, luth, flûtes, arithmétique et musique. Ces objets sont identifiables, non génériques.
Géographie, langues et calcul servent la diplomatie. L'ensemble peint une amitié intellectuelle.
L'harmonie brisée
Corde rompue et crucifix caché troublent la splendeur
Une corde du luth est cassée et un livre de cantiques de Luther s'ouvre à côté. L'instrument harmonique reflète la division religieuse.
Un crucifix dépasse derrière le rideau vert : la foi demeure en marge du savoir mondain.
Le crâne latéral
L'effet majeur exige le mauvais point de vue
La forme oblique au sol devient crâne depuis la droite. De face, le luxe est clair mais la mort non ; de côté, l'inverse.
L'anamorphose prouve la maîtrise de la perspective et agit en memento mori. Le public doit bouger pour changer l'ordre des valeurs.
Une présence grandeur nature
L'illusion de deux mètres finit par se contester
Le panneau mesure environ 207 sur 209,5 centimètres. Dinteville le commande et l'emporte sans doute à Polisy, lieu indiqué sur le globe.
Les identités furent oubliées puis retrouvées par les archives. Le mécanisme n'en dépend pas : pouvoir et savoir remplissent la vue jusqu'à ce que le crâne brise la certitude.


